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15 Avril 2013
BLONDEL, Jean-Philippe - 06h41 - Buchet Chastel -
ISBN 2283026059 - 231 p - 15.00€
06h41, le train Troyes-Paris démarre bondé comme tous les lundis matins.
Cécile Duffaut, 47 ans, reviens de sa visite bimensuelle à ses parents. Visite solitaire, son mari a prétexté du travail en retard et sa fille n’avait pas envie de passer le week-end chez ses grands-parents. Week-end pourri, mais ce sont les parents. Quelle idée de ne pas être repartie dimanche soir? La place à coté d’elle est libre. Pas pour longtemps. Philippe Leduc, 47 ans lui-aussi. Lui aussi aurait pu prendre le train dimanche soir et passer la nuit à Paris, mais il déteste le train du dimanche. Ça lui rappelle le temps des études, le retour après le week-end écourté. Il va rendre visite à Matthieu, son ami d’enfance, c’était pas prévu mais il s’arrangera plus tard avec le travail. Plongé dans ses pensées il a failli louper le train, monte le dernier et n’envisageant pas de rester debout durant 95 mn, il va donc prendre cette unique place libre.
Catastrophe. Trop tard. Il a reconnu Cécile et vite détourne la tête, fait celui qui ne la connait pas. Elle l’a reconnu, il a vieilli et pas en bien, mais fait comme si et regarde ailleurs.
Il y a 27 ans, ils ont eu une liaison qui a duré quatre mois et qui s’est très mal finie. Depuis ils ne se sont jamais revus, elle habitant la banlieue parisienne, lui étant resté à Troyes.
Vont-ils s’ignorer durant tout le voyage? Mais comment démarrer une conversation après tant d’années pendant lesquelles ils ont essayé d’oublier?
Nous allons assister à un retour, non, à deux retours en arrière décousus, avec les digressions, les corrections, les hésitations, la repentance, la mauvaise foi, l’amour, la haine, la hargne, le dégout, le désespoir, le plaisir, enfin tous les sentiments que l’on éprouve quand on soliloque dans sa tête en essayant de se disculper ou d’amoindrir sa responsabilité dans le déroulement de notre vie et les effets collatéraux de nos actions.
On va donc passer une heure et demie en alternance dans la peau de Cécile et dans celle de Philippe, avec des phrases courtes, spontanées comme écrites tel qu’elles jaillissent, corrigées par la phrase suivante mais jamais effacées.
Comme avec son précédent roman, «Et rester vivant», Blondel plonge dans le ressenti, le non-dit, ce qui fait qu’on existe avec nos qualités et surtout nos défauts, ce qu’on laisse paraitre et surtout ce que l’on cache.
Alain G.
Extrait:
Alors que le contrôleur lui a demandé son billet Cécile fouille son sac.
Réflexion de Philippe:
Certaines habitudes restent ancrées. Je crois que, si on m’avait parlé de Cécile Duffaut avant ce matin, la première chose qui me serait venue à l’esprit, c’est la façon qu’elle avait de vider son sac chaque fois qu’elle devait y chercher quelque chose; un paquet de chewing-gum, des cigarettes, un numéro de téléphone, un chéquier. Ou un billet de train. J’aime ça. Cette fidélité à ce qu’on a pu être, en dépit de tout. Malgré ces vêtements élégants qui doivent couter très cher. Malgré ce physique bien plus avenant qu’auparavant.
Je me demande ce qui me définit moi. Les caractéristiques qui étaient déjà miennes il y a dix, quinze ou vingt ans et contre lesquelles je n’ai pas voulu lutter.
Réflexion de Cécile:
Et pendant ce temps, le contrôleur attend. J’inspire un grand coup. Je ne me laisserai pas intimider. J’ai changé. Je suis une femme qui décide. Sure d’elle et de ses choix. D’ailleurs, le voila, le billet.
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